Diaporama   de l'inauguration de l'exposition le  5/6/98

 

Telle une vigie dans la tourmente de l’Histoire de notre siècle, la voix d’Aimé Césaire est de celles qui, entre îles et continents, ont éclairé les consciences, bousculé les conformismes établis et insufflé au débat d’idées des concepts qui font référence, et des oeuvres majeures.

Dès la parution du Cahier d’un retour au pays natal en 1939, pour tous ceux qui approchèrent l’homme et l’oeuvre, à l’instar d’André BRETON, de Michel LEIRIS et de tant d’autres, " Un grand poète nous est né et son chant est marqué du signe inimitable du génie ".

D’abord naquit la Négritude, dès les années 1930, avec Léopold Sedar SENGHOR et Léon Gontran DAMAS, comme un souffle précurseur des grandes luttes libératrices et identitaires de notre modernité: le " Grand cri nègre ", fondateur d’une revendication ardente, en réponse aux erreurs de l’Histoire.

Depuis un demi-siècle, labourant sans relâche le même sillon, l’engagement de l’homme dans la cité et du poète dans la littérature inscrit ces combats, indissociés, dans un même destin. Par la poésie, le théâtre et les écrits politiques et historiques, Aimé Césaire a ensemencé nos esprits, fécondés irréversiblement par ses questionnements humanistes et éthiques, au service d’une philosophie de l’identité des peuples, sédimentée par l’Histoire, ensourcée dans le "  fraternel magma ", " ouverte à toutes les mains blessées du monde " mais toujours fidèle au terreau de ses origines : la Martinique.

Présenter une telle oeuvre aux siens et créer arbitrairement un dialogue entre l’écriture poétique et la création artistique relève du défi. Car la dimension prophétique de ce noble héritage peut sembler, ici plus qu’ailleurs, d’autant plus lourde à porter qu’il inspire à travers le monde un respect unanime, dont l’Unesco a voulu témoigner en lui consacrant un hommage exceptionnel.

Autour d’Aimé CÉSAIRE, à l’écoute de sa parole essentielle, des artistes sont venus de tous les horizons d’un Universel à refonder, multicolore, réconcilié avec l’Humain, " Pour Regarder le Siècle en Face ".

Car cette sommation, extraite de la présentation du premier numéro de la Revue Tropiques (1941) revêt pour nous une signification doublement symbolique qui exhorte à penser le siècle qui s’achève autant que celui qui s’annonce.

La voix d’Aimé Césaire, " carte voyageuse du pollen " pour notre mémoire et notre commune espérance.

 

Interview d'Annick Thebia-Melsan par Jean-philippe Ludon

Annick THEBIA-MELSAN

Commissaire Général de l’exposition

Juin 1998